Xavier Ternisien explores the reasons for the crises at the Muslim Council of France. He claims that it has made no progress on any of the important issues facing Muslims in France (chaplaincies, construction of mosques, halal meat, foundation for Islam works, organizing the annual pilgrimage) and had no effect on the major issues such as the riots and the caricatures which have affected Muslims in France during recent months. He claims that it is unrepresentative, especially of the second generation, beset by internal dissent, and national logic has overtaken unity. {(continued below in French)} Pire encore, le CFCM a _t_ silencieux sur les _v_nements qui ont affect_ les musulmans au cours des derniers mois. Apr_s la mort de Cha_b Zehaf, un p_re de famille d’origine alg_rienne assassin_ le 4 mars _ Oullins (Rh_ne), c’est le Conseil repr_sentatif des institutions juives de France (CRIF) Rh_ne-Alpes qui a appel_ _ une manifestation “contre le racisme et pour la v_rit_”. Les instances r_gionales et nationales du CFCM _taient aux abonn_s absents. Ultime humiliation : dans l’affaire des caricatures danoises, le CFCM a _t_ incapable de saisir la justice, _ la suite d’une erreur de proc_dure que n’aurait pas commise un avocat d_butant… Toutes les _nergies de l’instance repr_sentative du culte musulman sont d_pens_es dans la gestion de ses querelles intestines. Pour comprendre les blocages actuels, il faut revenir _ la gen_se de cette institution. C’est Jean-Pierre Chev_nement, ministre de l’int_rieur, qui a lanc_ l’initiative d’une consultation sur l’islam de France, en octobre 1999. D_s l’origine, le choix a _t_ fait de prendre en compte toutes les sensibilit_s religieuses, y compris celles consid_r_es comme “fondamentalistes”. C’est ainsi que l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) et le Tabligh ont _t_ invit_s, comme les autres, “_ la table de la R_publique”, pour reprendre une formule de M. Chev_nement. L’Istichara (“la consultation”) comptait donc sept f_d_rations, cinq grandes mosqu_es et six personnalit_s qualifi_es (la plupart proches du soufisme). En r_alit_, il faudrait distinguer trois blocs, motiv_s par des logiques sensiblement diff_rentes. Il y a d’abord un bloc id_ologique, pr_occup_ par la d_fense d’un islam orthodoxe (principalement structur_ autour de l’UOIF) ; puis le bloc des f_d_rations nationales, motiv_ par la d_fense des int_r_ts li_s aux Etats d’origine (Alg_rie, Maroc, Turquie) ; et enfin le groupe des modernistes (parmi lesquels le m_diatique Soheib Bencheikh). Ce dernier ensemble souffre d’un d_ficit d’organisation et d’une tr_s faible repr_sentativit_. Les grands absents sont les musulmans de la deuxi_me g_n_ration, dont beaucoup se reconnaissent dans Tariq Ramadan. Jean-Pierre Chev_nement souhaitait que le conseil repr_sentatif soit constitu_ de “structures plut_t souples, point trop diff_rentes peut-_tre de celles de la F_d_ration protestante”. Ce n’est pas cette voie qui a _t_ finalement suivie par les partenaires musulmans. L’accord-cadre, adopt_ en mai 2001, mettait en place un syst_me de repr_sentation calqu_ peu ou prou sur une logique consistoriale, _ la mani_re de l’organisation du culte juif. La gestion du culte est confi_e _ des responsables la_ques (des notables), gestionnaires de lieux de culte et employeurs du clerg_ (imams et oul_mas). La structure est pyramidale, fond_e sur un syst_me d’_lections _ partir des mosqu_es. Les repr_sentants des lieux de culte _lisent des conseils r_gionaux et le conseil d’administration du CFCM selon un scrutin de liste _ la proportionnelle. La logique est transparente et d_mocratique. Devenu ministre de l’int_rieur en mai 2002, Nicolas Sarkozy va infl_chir cette dynamique, dans un souci d’efficacit_. Il va s’appuyer principalement sur la “bande des quatre” : les quatre grandes f_d_rations que sont l’UOIF, la Mosqu_e de Paris, li_e _ Alger, la F_d_ration nationale des musulmans de France (FNMF), marocaine, et le Comit_ de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), li_ _ Ankara. Les pr_sidents des f_d_rations _mettent-ils des r_ticences ? Le minist_re prend contact directement avec les ambassades. Cette logique va trouver son aboutissement dans l’accord dit “de Nainville-les-Roches”, par lequel les grandes f_d_rations se r_partissent les postes-cl_s au bureau du CFCM, avant m_me que les _lections aient eu lieu. L’Elys_e a impos_ que Dalil Boubakeur, recteur de la Mosqu_e de Paris, soit le pr_sident de la future instance. Son r_le n’est pas de repr_senter les musulmans, mais de rassurer les Fran_ais non musulmans en leur pr_sentant le visage d’un islam mod_r_. LES LIMITES D’UN COMPROMIS Lors des deux _lections successives – en avril 2003 et en juin 2005 -, les logiques nationales fonctionnent _ plein. Les consulats usent de pressions pour obliger leurs ressortissants _ voter pour des listes _ forte coloration nationale. C’est donc tr_s logiquement la FNMF qui arrive en t_te, les mosqu_es de France _tant majoritairement fr_quent_es par les Marocains, moins nombreux mais plus religieux que les Alg_riens. La FNMF n’en demeure pas moins une coquille vide, un rassemblement h_t_roclite de mosqu_es ind_pendantes, certaines mod_r_es, d’autres fondamentalistes, voire salafistes, n’ayant en commun que l’origine marocaine de leurs dirigeants. Mais le Maroc est content et Dalil Boubakeur a sauv_ sa place de pr_sident. Cette logique aberrante, b_tie sur un compromis et non sur une majorit_, est en train de montrer ses limites. La baudruche FNMF a _clat_. Son pr_sident, Mohamed Bechari, est l_ch_ par Rabat et contest_ par une majorit_ d’_lus FNMF au conseil d’administration du CFCM. Toute sa strat_gie consiste d_sormais _ emp_cher la tenue du conseil d’administration, dans lequel il se sait minoritaire. Il a re_u l’appui inattendu de Dalil Boubakeur et de l’UOIF. Le premier cherche _ affaiblir les Marocains en les divisant. L’UOIF entretient une rancoeur tenace contre Abdellah Boussouf, rival de M. Bechari _ la FNMF. La politique s’en m_le aussi. Dalil Boubakeur, inconditionnel de Jacques Chirac, ne manque pas une occasion de savonner la planche au ministre de l’int_rieur. L’avenir du CFCM est provisoirement suspendu aux d_cisions d’un administrateur provisoire, nomm_ _ la t_te de la FNMF. On est tr_s loin de “l’islam _ la fran_aise” pr_ch_ par les ministres de l’int_rieur successifs. L’organisation du culte musulman en France rappelle _trangement la politique de certains Etats occidentaux dans le monde arabe : soutenir la d_mocratie, _ condition que le r_sultat des urnes corresponde _ leurs voeux.

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Sources